dimanche 10 janvier 2010

53. Le rêve.


Elle est allongée. Les yeux sont clos, la bouche entrouverte.
Elle repose détendue, semble endormie. Une main est posée sur la hanche. Le corps est découvert , Un drap entortillé emprisonne une jambe, L’autre main s’est échappé l et retombe hors du lit.

Il fait chaud . Le ventilateur brasse paresseusement l’air au dessus d’elle et rythme de son léger crissement le silence de la nuit. Il ne suffit pas à empêcher le reflet de la lune de se poser là où un voile de sueur fait briller la peau, dans cette vallée qui naît entre les deux clavicules et se poursuivrait entre les seins jusqu’au puit du nombril, si un barrage de satin bleu ne l’empêchait de poursuivre son indiscrète intrusion argentée.

La belle est détendue, abandonnée dans cet état éphémère où la conscience hésite au seuil du sommeil et s’attarde sur les rives du rêve semi-conscient; là où le cœur s’exprime sans amarres, où les visions invitent, où les sensations capturent. Son corps raconte ce doux abandon, immobile, lové dans la sensuelle torpeur du repos.
Au moment où la respiration, plus régulière et profonde, est sur le point de trahir l’abandon du sommeil, une perception légère, fugitive la retient dans cet état de grâce sensorielle.
Léger comme le battement d’aile d’un papillon, un autre souffle s’est mêlé au sien. Le rythme en est un peu plus rapide. Elle sent la caresse tiède de l’haleine inconnue au coin des lèvres.
Les deux respirations se rencontrent, s’enveloppent, se capturent. L’inconnue devient amie, glisse vers la joue, explore l’aile du nez, l’ombre des cils, la naissance des cheveux ; puis revient vers les lèvres, et se pose en baiser léger à l’angle du sourire. Le frémissement est devenu caresse de plume, effleurement léger et curieux.
Elle ne bouge pas et se livre muette et réceptive à la tendre exploration.
La conscience affleure, puis replonge, volontairement captive de cet enchantement.
Elle attend. Guette le frémissement provocateur qui semble avoir disparu.
Mais voilà qu’un souffle chaud lui caresse l’oreille en un murmure énoncé dans ce langage que seul le corps comprend, qui répond d’un frisson, défiant la moiteur de cette nuit d’été.

Bien qu’elle ait toujours les yeux fermés, elle sent maintenant le regard posé sur elle, qui dessine la courbe du cou, s’attarde sur l’épaule soulignée par la fine bretelle de satin.

Si légère qu’elle ne sait si le souffle est devenu baiser, si le regard s’appuie sur le geste, si son corps n’invente pas ce sortilège sensuel, la ronde magique reprend.

Espiègle, la caresse mystérieuse s’échappe,s’éloigne avant d’être devinée. Revient taquiner la rondeur de l’épaule, effleurer d’un baiser léger les lèvres qui hésitent à répondre, respirer le creux du cou où elle s’attarde prise à son propre piège avant de glisser là où la lune s’était si insolemment mirée.

Acteur immobile, le corps exploré, est prisonnier d’une douce torpeur qui ne doit plus rien au sommeil. Les sens sont en éveil, tendus par l’attente ; la respiration s’est accélérée, trahissant l’émoi provoqué par l’insolite torture.
Mais elle ne bouge pas. Se veut jouet immobile, victime consentante, totalement soumise au rêve éveillé. Elle craint si fort que le moindre geste n’effraie le si séduisant intrus, ne rompe l’enchantement sensuel.
Les lèvres, le nez, puis la peau se joignent au ballet doucement inquisiteur. La peau est lisse. Si douce.
Elle tressaille. L’invitation se précise. Deux doigts frôlent l’épaule, font glisser la fine bretelle d’une chemisette de soie bleue tendue sur un sein dont le relief pointu invite le geste à poursuivre.

Elle bouge. Le menton tendu, les lèvres s’offrent, attendent le baiser, qui se pose, explore, possède, donne et déclenche le ballet d’émotions qui les emporte, les transporte en une apothéose de sensations intenses et folles, sous le regard doucement complice et jaloux de la lune.

7 commentaires:

norma c a dit…

C'est un exercice difficile auquel tu t'es livrée là, Karine, écrire un texte à partir d'une de ses peintures, un exercice que je serais bien incapable de faire, un peu comme si ces deux modes de communication, ou plutôt "d'expression", ne pouvaient pas se rencontrer, pour moi.
Quand j'ai terminé un tableau, une espèce de "censure" s'installe en moi et je suis incapable d'en parler, comme si tout son sens avait pris fin avec le dernier coup de pinceau...

Tu réussis fort bien cet exercice, sur un sujet très difficile car fort intime.
Félicitations !

Ton tableau est très réussi, vraiment très beau, tu as beaucoup de talent !

Norma

Peintures , photos et humeurs. Karine ARNOU a dit…

Merci Norma.
Chez moi, c'est un peu le contraire, un tableau vit en moi longtemps avant sa réalisation, et encore après. C'est un rêve ( un vrai !)qui a inspiré le texte et le tableau. Chacune de mes peintures, est un morceau de moi même,ou de ma vie et c'est pour cela que je ne suis pas bonne pour peindre l'abstrait.

Alain (Nialaa) a dit…

Ce tableau est magnifique et ce texte absolument sublime, quant au rêve, ... ! Quelle sensualité !

Alain.

Jean a dit…

La sensibilité féminine !
C'est là que nous , pauvres hommes , voyons le chemin qu'il nous reste à parcourir avant d'atteindre votre niveau !

alterdom a dit…

Entre écorces d'agrumes et de cannelle
ses contours chocolatés chaloupent un rêve
de douceur sensuelle et chaleureuse

Laure a dit…

Wahouuu !!! je suis sous le charme !!!! la peinture est magnifique et le texte... que dire... j'en ai rêvé !! LOL

Karine A. a dit…

Merci laure, je suis d'autant plus sensible au compliment qu'il vient d'une très belle plume !